Dans mon dernier article, je vous parlais du FOMO de Cassian, cette fameuse « frustration de non-accès » qui fait qu’un chien semble devoir être partout, tout voir, tout suivre… et surtout ne rien manquer.
Avec Cassian, ça ressemble à ceci : si je bouge, il bouge. Si je m’éloigne, il veut suivre. Si quelque chose devient inaccessible, la frustration monte rapidement. (voir photo et vidéo plus bas)
Evidemment, comme je suis éducatrice canine, j’avais tout prévu….?🙄🫣
J’avais choisi mon éleveuse. Regardé la santé, la génétique, la socialisation. J’avais préparé son arrivée, pensé à la prévention de l’anxiété de séparation, au repos, aux apprentissages… Le chien parfait, quoi.
Et paf. Du FOMO. Une claque avec ça? 😂
Mais au fond… c’est justement là que notre rôle devient intéressant, non ?
L’objectif n’est pas d’empêcher Cassian de ressentir de la frustration ou de lui apprendre simplement à « rester tranquille ».
Je veux lui donner les compétences qui lui manquent encore pour mieux vivre ces situations.
Pour construire mon plan, j’ai donc séparé le travail en trois grands axes qui se chevauchent : le calme, la tolérance à la frustration et l’autonomie/désengagement.
C’est un plan façon AbsoluteDogs
Je vous partage, vous montre mon plan pour vous montrer a quoi ressemble concrètement un plan d’entrainement par concept.
1. Construire le calme
Avant de demander à un chiot de tolérer quelque chose de difficile, il faut qu’il soit capable de redescendre.
Cassian est un chiot très rapide. Rapide à bouger, rapide à réagir, rapide à monter en excitation. (TDAH quoi… 🫣)
Je ne cherche donc pas seulement à lui apprendre à « ne pas bouger ». Je veux qu’il découvre que ne rien faire peut aussi être une option.
-Le tapis
Le tapis devient progressivement un endroit associé au calme, au repos et à la prévisibilité.
Pour Cassian, ce travail est encore très proche de moi. Si je suis assise près du tapis, ça va. Dès que je prends plus de distance ou que je bouge davantage, ça devient beaucoup plus difficile.
Et c’est parfait ainsi. Parce que son niveau actuel me montre exactement où commencer.
Pourquoi je l’utilise :
Pour créer une sorte d’interrupteur de calme et lui apprendre qu’il peut rester posé même lorsque l’environnement continue d’exister autour de lui.
Effet recherché :
Un chiot capable de ralentir, d’observer et de réfléchir avant de réagir.
-La prison et « la souris »
C’est devenu un de nos petits jeux du soir devan la TV. Cassian adore ce jeu et il le réussit maintenant très bien.
Mais il me donne aussi une information importante : même lorsqu’il attend, il garde souvent une patte en contact avec ma main.
Autrement dit : il réussit l’exercice… mais il a encore besoin de proximité.
Ça me montre exactement ce que nous allons travailler ensuite : la même compétence, avec progressivement un tout petit peu plus de distance.
Pourquoi je l’utilise :
Pour apprendre à attendre plutôt qu’à se précipiter vers ce qu’il désire. Le renoncement (genre a se rouler dans tous les cacas qu’il croise….🫣)
Effet recherché :
Plus de contrôle émotionnel, moins d’impulsivité et davantage de capacité à patienter.
-Nice
Avec Nice, je travaille encore cette idée de douceur, de réflexion et de maîtrise dans l’accès à quelque chose qu’il veut.
Ce sont de petits apprentissages qui paraissent parfois insignifiants.
Mais pour un chien qui vit beaucoup de frustration de non-accès, chaque petite seconde où il peut voir quelque chose, le vouloir et malgré tout réfléchir est importante.
2. Développer la tolérance à la frustration
C’est probablement le plus gros morceau pour Cassian.
Parce que le problème du FOMO n’est pas simplement : « Je veux être avec maman. »
C’est aussi et surtout : « Je veux quelque chose et je le veux maintenant. »
Une porte se ferme. Je me lève. Quelqu’un s’éloigne. Il ne peut pas atteindre quelque chose.
Et soudainement, son petit cerveau passe de zéro à cent.
Je veux donc lui apprendre progressivement que l’attente et le non-accès ne sont pas dangereux.
-1-2-3
Au début, je comptais assez rapidement :
1… 2… 3… récompense.
Aujourd’hui, je peux laisser davantage d’espace entre les chiffres.
Je respire.1… Je respire2… Je respire 3…😂
Cette petite attente devient elle-même un apprentissage. Cassian découvre que quelque chose de bon peut arriver… même s’il ne l’obtient pas instantanément.
Pourquoi je l’utilise :
Pour rendre l’attente prévisible et accessible.
Effet recherché :
Plus de patience et moins de précipitation lorsqu’il anticipe quelque chose.
-L’avion
L’avion fait aussi partie de nos jeux du soir. https://www.youtube.com/watch?v=0Cgv3IY6d10
Encore une fois, je ne recherche pas simplement une performance.
Je veux créer des petites expériences où Cassian doit gérer son envie d’accéder immédiatement à quelque chose.
À force de répéter ces petites situations faciles dans le jeu, on construit une compétence qui pourra éventuellement apparaître dans la vraie vie.
C’est là que j’aime particulièrement l’approche par le jeu conceptuel :
on ne travaille pas uniquement le comportement que l’on voit aujourd’hui.
On construit le chien dont on aura besoin demain.
-Le non-accès progressif
Et là… on arrive au vrai défi.
Pour Cassian, la distance est encore très difficile.
Je peux être assise près de lui. Je peux parfois bouger légèrement.
Mais si je me lève, si je fais quelques pas ou si quelque chose devient vraiment inaccessible, le niveau de difficulté monte rapidement.
Alors je ne vais surtout pas commencer par : « Reste là pendant que maman part dans une autre pièce. » Ce serait beaucoup trop difficile.
Mais… il y a aussi le non-accès version barrière. 😅
Dans la vidéo, je suis pourtant assise juste derrière lui. Je ne suis pas partie ! Je suis là, bien visible…. et pourtant….
Mais dans la tête de Cassian, ce n’est visiblement pas ça la question.
La question, c’est plutôt :
« Attends… je suis EMBARRÉ ici ?? NON NON NON, ça ne va pas du tout cette affaire-là ! » 😂
Parce que pour lui, le problème n’est pas toujours de me perdre de vue ou d’être loin de moi. Parfois, le simple fait qu’une barrière lui dise « tu ne peux pas aller là » suffit à faire monter la frustration.
Même si maman est à deux mètres.
Même si maman est assise.
Même si, objectivement… absolument rien de dramatique ne se passe. 😆
Si j’ouvre la barrière ? Voilà…

Progresser, c’est rester dans une zone où le chien peut encore apprendre.
Mais… il a aussi le non acces par barrière… Sur le vidéo présent, je suis assise derrier lui… Mais le fait qu’il soit « embarrer » dans la piece, même si j’y suis est un « non mais ca ne va pas dans sa tête !?. »
3. Construire l’autonomie et le désengagement
Pour moi, c’est le troisième morceau essentiel du puzzle.
Je ne veux pas apprendre à Cassian à « rester loin de moi ».
Je veux qu’il découvre qu’il peut choisir autre chose que moi.
Regarder un objet. Explorer. Renifler. Retourner sur son tapis. S’intéresser à autre chose quoi….
Puis éventuellement rester confortable pendant que je bouge.
C’est une nuance importante.
L’autonomie ne se force pas. Elle se construit.
-Touch
Touch est un petit jeu simple, mais très utile. Touche ma main.
Il permet de créer du mouvement volontaire, de changer de direction et d’apprendre à interagir autrement avec moi que simplement en me suivant ou en s’accrochant à ma proximité.
Je peux ensuite utiliser cette compétence pour créer de minuscules mouvements loin de moi puis vers moi.
Pourquoi je l’utilise :
Pour développer de la flexibilité dans ses mouvements et dans ses choix.
Effet recherché :
Un chien qui peut bouger, revenir, repartir et réfléchir sans ressentir que chaque centimètre de distance est une perte.
-Les jeux de désengagement
Ceux-là sont particulièrement importants.
Voir quelque chose ne signifie pas devoir aller vers cette chose.
Entendre quelque chose ne signifie pas devoir intervenir.
Regarder maman bouger ne signifie pas devoir bondir derrière elle.
Le désengagement, c’est cette capacité à dire :
« Oui, j’ai vu… mais je peux aussi choisir autre chose. »
Et pour un chien avec du FOMO, c’est une compétence ÉNORME.
-Les mini faux départs
Je travaille aussi de très petits mouvements qui ressemblent aux prémices d’un départ.
Me lever. Prendre quelque chose. Faire un pas. Revenir. Puis parfois ne rien faire du tout.
L’objectif n’est surtout pas de provoquer une réaction pour qu’il « s’habitue ». Au contraire.
Je veux rester suffisamment bas dans la difficulté pour que son cerveau puisse enregistrer :
« Maman peut bouger… et il ne se passe rien de grave. »
Là où les trois cercles se rencontrent
C’est probablement la partie la plus importante de mon plan.
Parce que je ne pense pas que Cassian ait seulement besoin de davantage de calme. Ou seulement de tolérance à la frustration. Ou seulement d’autonomie.
Il a besoin des trois.
Le calme + la tolérance à la frustration lui permettent de créer une pause avant l’accès.
Le calme + l’autonomie lui permettront éventuellement de se reposer même si je ne suis pas collée à lui.
La tolérance à la frustration + l’autonomie permettront progressivement de créer de la distance sans panique.
Et au milieu de tout cela se trouve mon véritable objectif : moins de FOMO et plus de flexibilité.
Je ne cherche pas un chien qui obéit. Je cherche un chien qui sait quoi faire.
C’est probablement ce qui résume le mieux ma façon de voir ce travail.
Je pourrais probablement empêcher Cassian de me suivre. : La fameuse cage…
Fermer une porte. L’attacher. Le mettre derrière une barrière. Et physiquement, il resterait de l’autre côté.
Mais rester quelque part ne veut pas nécessairement dire être confortable d’y rester.
Moi, je veux travailler ce qui se passe à l’intérieur.
Je veux qu’un jour, lorsque je me lèverai du divan, son cerveau puisse simplement se dire : « Ah… maman bouge. » Puis retourner à ce qu’il faisait…..Sans urgence.
Sans devoir me poursuivre. Sans mordiller mon pantalon. Sans avoir l’impression qu’il vient peut-être de manquer l’événement le plus important de sa vie. 😂
Il a six mois. Il a encore énormément à apprendre. Et moi aussi….j’apprends énormément en le regardant évoluer.
C’est d’ailleurs probablement l’une des choses que Cassian me rappelle le plus souvent :
le progrès ne vient pas du contrôle.
Il vient des compétences que le chien apprend à utiliser.
Alors pour les prochaines semaines, nous allons jouer.
Jouer au calme. Jouer à attendre. Jouer à laisser quelque chose passer. Jouer à mettre quelques centimètres entre nous. Puis quelques pas. Et tranquillement… transformer ce petit chiot qui veut être partout à la fois en un chien capable de se dire :
« Je n’ai pas besoin de tout contrôler. Je peux rester ici. Ça va aller. »