Depuis le départ de Wicket, je pleure beaucoup.
Parfois, je sens que ça s’en vient. Je regarde une photo, une vidéo, je pense à lui, et la vague monte tranquillement. Mais souvent, ça arrive sans prévenir. Un son. Une habitude. Une place vide. Un souvenir qui traverse ma tête alors que je faisais complètement autre chose.
Et je pleure. Encore très souvent.
Le problème, c’est que depuis quelque temps, je réalise que ma peine a des conséquences.
Sur Cassian….
Cassian a toujours été un petit chien intense. Actif, agité, foufou, réactif à tout ce qui bouge,un petit clown sur quatre pattes qui transforme à peu près n’importe quoi en occasion de jouer. Depuis qu’il est entré dans notre vie, on a beaucoup ri grâce à lui.
Et puis Wicket est parti….
On est passés des fous rires aux pleurs, parfois dans la même journée, parfois dans la même heure. Mon conjoint pleure aussi. Je pleure. Nos voix changent, notre respiration change, nos mouvements changent. On reste parfois silencieux longtemps. On a moins d’entrain. On réagit différemment.
Et Cassian, lui, nous observe, il ressent…
Il n’a pas vraiment vécu le deuil de Wicket comme nous. Il l’a connu, évidemment, mais que 2 mois et leurs contacts étaient limités car Wicket avait besoin de calme et d’espace, et Cassian était… Cassian. Une petite tornade avec des pattes.
Il ne semble donc pas chercher Wicket. Il ne se rend pas compte du départ, de l’absence de mon Wiwi.
Par contre, il nous cherche, nous. Beaucoup plus.
Notre présence, notre proximité. Il vérifie davantage où nous sommes. Il semble avoir plus de difficulté lorsqu’on s’éloigne, et il devient plus attentif à nos émotions.
C’est exactement ce que je ne voulais pas voir arriver.😥
J’ai peur que toute cette période finisse par créer de l’anxiété chez lui. Pas parce que nos chiens « absorbent » magiquement toutes nos émotions et qu’il faudrait toujours être heureux devant eux , je ne crois pas à ça. Mais ils vivent avec nous. Ils remarquent nos changements de comportement, nos routines chamboulées, nos respirations, nos tensions, nos absences mentales. Ils ne comprennent pas nécessairement pourquoi leur monde a changé.,, Mais ils comprennent qu’il se passe quelque chose.
Cassian ne peut pas savoir que je pleure parce que Wicket me manque. Il sait seulement que sa maman pleure. Que parfois elle respire bizarrement. Que papa aussi est triste. Que l’ambiance de la maison n’est plus tout à fait la même. Et pour un jeune chien déjà très sensible à son environnement, ce constat l’inquiète.
Alors depuis quelque temps, j’essaie de retrouver certains outils. J’ai recommencé la méditation. J’ai recommencé la cohérence cardiaque. Ironiquement, ce sont deux choses que je faisais énormément avec Wicket, alors même ça, c’est difficile. Je m’assois pour respirer et je pense à lui. Je me rappelle sa présence près de moi, nos exercices, nos moments de calme. Et parfois, l’exercice qui devait m’aider à arrêter de pleurer me fait pleurer encore plus.
Mais je continue.
Pas pour cacher mon deuil à Cassian ,je ne veux pas avoir à me retenir de pleurer chaque fois que Wicket me manque, et je ne crois pas non plus qu’il serait sain pour notre deuil de faire semblant d’aller bien toute la journée. J’essaie plutôt de montrer à Cassian que la tristesse peut exister sans que le monde devienne dangereux.
Quand je sens une grosse vague arriver, si j’en suis capable, je ralentis ma respiration. Je fais quelques minutes de cohérence cardiaque. J’essaie de garder autour de lui des routines prévisibles. On lui offre des moments calmes. On joue encore avec lui. On rit encore de ses niaiseries. On essaie, tout simplement, de continuer à vivre.
Parce que finalement, c’est probablement ça le plus difficile dans tout ça : comment vivre librement son deuil sans le faire porter au chien qui est encore là?
Je n’ai pas de réponse parfaite. Il y a des journées où je réussis à respirer doucement pendant que Cassian joue. Et il y en a d’autres où une photo de Wicket apparaît sur mon téléphone, et où je m’effondre complètement. Alors Cassian vient me voir et semble agité.
J’aimerais pouvoir lui expliquer. Lui dire que ce n’est pas sa faute. Qu’il n’a rien à réparer. Qu’il n’a pas besoin de me surveiller. Que je l’aime énormément, même lorsque je pleure un autre chien. Et surtout, que Wicket et lui n’occupent pas la même place.
Cassian n’est pas arrivé pour remplacer Wicket. Wicket est irremplaçable. Cassian est Cassian….avec ses zoomies, ses morsures, son impatience, ses idées douteuses, son énergie débordante, et cette capacité incroyable de nous faire rire alors qu’on pensait ne plus en être capables.
Je vais continuer à pleurer Wicket. Et je vais aussi continuer à apprendre à Cassian que même lorsqu’une maison traverse une immense tristesse, elle reste un endroit sécuritaire. Un endroit où il peut dormir sans surveiller mes émotions. Un endroit où papa et maman peuvent pleurer, puis recommencer à respirer. Un endroit où il y aura encore des jeux, des promenades, des fous rires et des moments de calme.
Je ne sais pas combien de temps mon deuil prendra….
Je sais seulement que j’essaie maintenant de prendre soin de deux choses en même temps : de mon cœur, qui cherche encore Wicket partout, et de ce petit chien bien vivant qui, lui, me regarde et essaie simplement de comprendre ce nouveau monde dans lequel nous sommes tous en train d’apprendre à vivre…. Sans Wicket