Le chien de rêve… et le deuil du chien qu’on avait imaginé

Qu’on le veuille ou non… on a tous un rêve.

Quand on attend un chiot, on ne prépare pas seulement une arrivée. On prépare aussi une histoire. Une relation. Une vie à deux. On imagine sa personnalité, sa façon d’être avec nous, sa place dans la maison, sa façon de nous regarder, de nous suivre, de nous aimer.

On se raconte déjà quelque chose.

On s’imagine un chien proche, facile, complice. Un chien qui viendra combler un vide, répondre à un besoin, s’intégrer exactement dans l’image qu’on avait dans notre tête. On se projette dans les balades, les siestes, les câlins, les moments parfaits. On imagine une évidence. Une rencontre simple. Un amour fluide.

Et c’est humain.

Mais parfois… ce rêve-là peut faire mal….

Très mal. (gros vécu avec Wicket..)

Parce qu’à force d’idéaliser un chiot, ou un chien, on ne prépare pas seulement son arrivée. On fabrique aussi, souvent sans s’en rendre compte, une version imaginaire de lui. Un chien rêvé. Un chien attendu. Un chien qui existe déjà dans notre tête avant même d’exister pleinement dans notre vie.

Et quand la réalité arrive, elle ne demande pas toujours la permission…. Bang, ca frappe !

Le chiot qu’on attend… et celui qui arrive vraiment

Avec Cassian, moi aussi, j’avais déjà une image en tête.

Je m’imaginais un petit chien toujours collé. Toujours dans mes bras. Un chiot qui me suivrait partout naturellement, presque au pied, sans que j’aie besoin de travailler cela en jeux ou en entraînement. Je voulais un chiot proche, tendre, aimant de ma présence. Un petit être avec qui dormir, à cajoler, à porter, à garder contre moi.

Un peu comme Wicket…. sans l’anxiété de séparation ! Que je comptais travailler dès son arrivé.

J’avais même acheté un coton avec une poche pour le traîner partout avec moi pendant mes journées de travail, en espérant qu’il y dormirait paisiblement.

Oublie ça…. 😥 Pas question que monsieur reste statique.

Cassian, lui, veut jouer. Bouger. Explorer. Tester. Voir plus loin. Aller à la limite de sa vue… et franchir encore cette limite juste pour découvrir ce qu’il y a après. Rester près de moi simplement pour être près de moi? C’est plate. Lui, il veut vivre. Intensément. Totalement. Curieusement.😂😂😂😂

Et la réalité a vite montré le bout de son nez.

Ce n’est pas ce que j’avais imaginé. Mais ça ne change rien à l’amour que j’ai pour lui.

Au contraire.

J’aime son côté fonceur. J’aime son audace. J’aime qu’il n’ait peur de rien. J’aime ce petit être vivant qui entre dans le monde sans retenue, avec toute son énergie, toute sa fougue, toute sa personnalité. Ce n’est pas le chiot que j’avais inventé dans ma tête… mais c’est lui. Et plus je le découvre, plus je comprends que le vrai travail commence là.

Pas seulement dans l’éducation.

Pas seulement dans l’apprentissage du calme, du sommeil, de la vie de famille.

Mais dans ma capacité, à moi, de rencontrer le vrai chien.

Le vrai danger d’idéaliser un chien

On entend souvent qu’il ne faut pas idéaliser un chiot. On le sait. En théorie…..

Mais dans la vraie vie… on le fait tous un peu (voir beaucoup…), non?

Quand on adopte un chien, il y a presque toujours une raison derrière. Un besoin. Un désir. Une blessure parfois. Une envie de douceur. De présence. De mouvement. De sécurité. D’aventure. D’amour. Quand on choisit un chien adulte, surtout en refuge, on essaie parfois de trouver un chien dont l’histoire, le tempérament ou les besoins correspondent davantage à notre réalité.

Mais un chiot… c’est une autre histoire.

Parce que justement, il n’y a pas encore d’histoire clairement écrite. Tout semble possible. Tout semble à construire. Et c’est souvent là que l’idéalisation s’installe le plus facilement.

On se dit qu’on va le guider.
Qu’on va l’éduquer.
Qu’on va bâtir avec lui.
Et tout ça est vrai.

Mais parfois, sans même s’en rendre compte, on glisse doucement vers autre chose: on commence à croire qu’on pourra le modeler pour qu’il devienne exactement le chien qu’on avait imaginé.

Et c’est là que ça devient dangereux.

Parce qu’un chiot n’arrive pas vide. Il n’est pas une page blanche.

Il arrive avec un tempérament. Une sensibilité. Une énergie. Une façon d’entrer dans le monde. Des forces. Des fragilités. Des élans qui lui appartiennent déjà. Oui, on peut l’accompagner. Oui, on peut l’aider à évoluer. Oui, on peut lui apprendre énormément.

Mais on ne peut pas fabriquer un chien parfait sur mesure.

Et quand on s’attache trop fort à l’image du chien rêvé, on finit parfois par souffrir devant le chien réel…. voir même fait souffrir le chien de nos pressions et attentes.

Pas parce que ce chien n’est pas beau.
Pas parce qu’il n’est pas bon.
Pas parce qu’il ne mérite pas notre amour.

Mais simplement parce qu’il n’est pas celui qu’on avait imaginé.

Et ce décalage-là peut devenir une vraie douleur.

Le rêve brisé dont on parle trop peu

Je pense qu’on parle trop peu du deuil du chien de rêve.

Pourtant, il existe.

Il est réel.

Et il peut être brutal.

Avec Wicket, je l’ai vécu très plus fort.

Je n’avais pas seulement idéalisé un chien. J’avais idéalisé toute une vie avec lui. Une relation. Un quotidien. Une facilité peut-être. Une douceur. Une image de ce que serait “mon chien de rêve”.

Puis la réalité est arrivée.

Les maladies.
Les peurs.
Les aversions envers les gens.
Les fragilités.
Les défis que je n’avais pas vus venir.
Tout ce qui venait casser, morceau par morceau, l’image que j’avais dans ma tête.

Et oui… j’ai eu mal.

J’ai eu mal pour vrai.

Pas parce que Wicket n’était pas extraordinaire.
Pas parce que je ne l’aimais pas.
Mais parce que j’étais en train de perdre le chien que j’avais imaginé.

J’étais en train de vivre le deuil d’un rêve !

Et ce deuil-là est particulier, parce qu’il s’accompagne souvent de culpabilité. On se sent mal d’avoir de la peine. On se sent honteux d’être déçu. On se dit qu’on devrait simplement être reconnaissant d’avoir ce chien-là. On se juge….. On se tait.

Mais la vérité, c’est qu’on peut aimer profondément son chien… et souffrir quand même de l’écart entre le chien rêvé et le chien réel.

Les deux peuvent exister en même temps.

On peut aimer, et pleurer.
On peut s’attacher, et faire un deuil.
On peut vouloir le meilleur pour son chien, tout en ayant le cœur brisé par la réalité qu’on n’avait pas prévue.

Faire le deuil du chien imaginé

Je crois profondément qu’avant d’aimer pleinement le chien réel, il faut parfois faire le deuil du chien imaginé.

Pas toujours. Mais parfois, oui.

Il faut accepter que le scénario qu’on s’était raconté n’arrivera pas. Il faut laisser mourir cette image idéalisée qui nous habite. Il faut arrêter de comparer constamment ce chien vivant, sensible, unique, à une projection parfaite qui n’existe nulle part ailleurs que dans notre tête.

Parce que tant qu’on reste accroché au rêve, on regarde souvent le vrai chien à travers le filtre de la déception.

Et dans ce filtre-là, personne ne gagne.

Ni l’humain, qui se sent triste, perdu, coupable ou frustré.
Ni le chien, qui risque d’être vu pour ce qu’il n’est pas, plutôt que pour ce qu’il est réellement.

Faire ce deuil, ce n’est pas abandonner.
Ce n’est pas aimer moins.
Ce n’est pas renoncer à accompagner son chien.

C’est revenir au réel.

C’est enlever les lunettes du fantasme pour enfin voir l’être vivant devant nous.

Le voir avec ses forces.
Avec ses défis.
Avec son tempérament.
Avec son potentiel.
Avec tout ce qu’il est, et tout ce qu’il ne sera peut-être jamais.

Et c’est souvent là, dans cet endroit beaucoup moins parfait, mais beaucoup plus vrai, que la relation profonde peut enfin naître.

Ce que Cassian m’apprend aujourd’hui

C’est peut-être ça, au fond, que Cassian vient me rappeler.

Oui, il est différent de ce que j’avais imaginé.
Oui, il me bouscule.
Oui, il me sort de mon scénario.
Oui, il m’oblige à revoir mes attentes.

Mais peut-être que ce n’est pas une mauvaise chose. Peut-être que c’est une invitation.😍

Une invitation à ne pas vouloir décider trop vite qui il doit être.
À le rencontrer avant de le définir.
À découvrir, plutôt qu’exiger.
À construire avec lui, plutôt que contre ce qu’il est.

Oui, je vais lui apprendre à être plus calme. J’ai déjà commencé et on voit déjà une différence. Oui, je vais l’aider à développer des compétences qui vont nous permettre de mieux vivre ensemble. Oui, je vais l’accompagner avec tout ce que je suis.

Mais je dois aussi respecter ceci: il est un être à part entière. Il n’est pas là pour réparer un rêve. Il n’est pas là pour entrer dans un moule. Il n’est pas là pour devenir la copie de ce que j’avais imaginé.

Il est là pour être lui.

Et mon rôle, ce n’est pas de pleurer éternellement le chien rêvé.

C’est d’aimer enfin le chien réel.

Ce qu’il faut retenir

Le “chien de rêve” peut faire mal, quand on l’idéalise trop.

Parce qu’à force d’aimer une image, une projection, un scénario, on se place nous-mêmes devant le risque d’un rêve brisé. On compare alors le chien réel à quelque chose qu’aucun chien ne peut réellement gagner: un fantasme.

Et dans cette comparaison, on se perd.

Le vrai danger de l’idéalisation, ce n’est pas seulement la déception.

C’est de passer à côté du vrai chien pendant qu’on pleure encore celui qu’on avait imaginé.

Alors oui, rêver est humain.
Espérer est humain.
S’attacher à une image est humain.

Mais aimer un chien, vraiment aimer un chien, demande parfois quelque chose de plus difficile encore:

laisser tomber le rêve,
revenir à la réalité,
et ouvrir enfin les yeux sur celui qui est là.

Pas celui qu’on voulait.
Pas celui qu’on avait prévu.
Pas celui qu’on s’était raconté.

Celui qui existe.

Et parfois… c’est seulement à partir de là que commence la plus vraie des histoires d’amour.

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